
Lorsqu’on parle de recyclage, on pense souvent aux plastiques ou aux consommables à usage unique. Pourtant, une grande partie de la valeur environnementale et stratégique des équipements scientifiques se cache ailleurs : dans leurs composants techniques, parfois invisibles, mais essentiels à leur fonctionnement.
Une actualité récente en France illustre parfaitement ce changement de regard.
Une première européenne pour le recyclage des aimants en terres rares
En 2025, la France a lancé la première ligne pilote européenne dédiée au recyclage des aimants en terres rares, à Grenoble. Ce projet est porté par Orano en collaboration avec le CEA, avec l’objectif de récupérer des aimants usagés pour produire de nouveaux aimants performants, réutilisables dans l’industrie.
Les aimants en terres rares sont omniprésents dans les technologies avancées : moteurs, ventilateurs, équipements de précision, dispositifs de mesure. Leur extraction est coûteuse, énergivore, et dépend largement de ressources importées. Le recyclage devient donc un enjeu à la fois environnemental, économique et stratégique.
Ce que cette initiative dit de l’économie circulaire aujourd’hui
Ce projet marque une étape importante : il montre que l’économie circulaire ne se limite plus aux matériaux simples.
Elle s’attaque désormais à des composants complexes, critiques et à forte valeur ajoutée.
Cela implique un changement de paradigme :
- on ne regarde plus seulement l’objet dans son ensemble
- on s’intéresse à ce qui le compose
- et à ce qui peut être récupéré, réutilisé ou revalorisé, même lorsque l’équipement arrive en fin d’usage
Un écho direct aux réalités des laboratoires
Dans les laboratoires, de nombreux équipements intègrent ce type de composants techniques : moteurs de ventilation, centrifugeuses, systèmes de refroidissement, instruments analytiques. Lorsqu’un appareil est retiré, ce sont souvent des matériaux à forte valeur technique qui disparaissent avec lui, faute de filières identifiées ou de solutions concrètes.
Sur le terrain, ce constat revient régulièrement : des équipements sont démontés, stockés puis évacués, sans que leur potentiel de réemploi — total ou partiel — ait été évalué.
L’initiative portée par Orano et le CEA montre que des solutions industrielles sont en train d’émerger. Elle ouvre la voie à une réflexion plus large sur la gestion de la fin de vie des équipements techniques, y compris dans les environnements scientifiques.
De l’industrie aux laboratoires : une logique à transposer
Ce type de projet envoie un signal fort : recycler, aujourd’hui, ce n’est plus seulement trier. C’est penser le cycle de vie complet des équipements, depuis leur installation jusqu’à leur démontage.
Dans cette logique, la façon dont un laboratoire est conçu, maintenu et rénové joue un rôle clé. Plus un équipement est correctement installé, suivi et identifié, plus il devient possible d’imaginer une seconde vie — dans un autre contexte, pour un autre usage, ou via une filière de réemploi.
C’est précisément à cette intersection que se rencontrent les enjeux techniques de l’installation et les principes de l’économie circulaire.
Conclusion
Le recyclage des aimants en terres rares n’est pas qu’une innovation industrielle : c’est un symbole.
Il montre que même les composants les plus complexes peuvent entrer dans une logique circulaire, à condition d’anticiper, d’organiser et de structurer les filières.
Pour les laboratoires, cette évolution invite à repenser la manière dont les équipements sont considérés en fin de vie : non plus comme des déchets par défaut, mais comme des ressources potentielles, à préserver, réemployer ou revaloriser.
