En avril 2026, le CNRS consacrait un article au programme national CiTIQUE, coordonné depuis Champenoux, près de Nancy. Depuis 2017, plus de 115 000 signalements de piqûres ont été recueillis et environ 80 000 tiques ont été expédiées de toute la France vers les quatre congélateurs du laboratoire de l’INRAE.
Elles constituent aujourd’hui une véritable « tiquothèque », utilisée pour mieux connaître les espèces présentes sur le territoire et les agents pathogènes qu’elles peuvent transporter.
Ce chiffre impressionne, mais il raconte surtout quelque chose de très concret sur la vie d’un laboratoire.
Avant d’être analysé, un échantillon doit être réceptionné, identifié, stocké, retrouvé puis manipulé dans de bonnes conditions. Lorsque les volumes augmentent et que les programmes de recherche s’inscrivent sur plusieurs années, l’organisation des espaces et des équipements devient une composante essentielle du projet scientifique.
Concevoir le laboratoire à partir de ce qu’il doit conserver
Qu’il s’agisse de tiques, de tissus biologiques, de prélèvements, de réactifs ou de tout autre échantillon, leur conservation peut rapidement occuper une place importante dans l’environnement de travail.
L’installation d’un congélateur ou d’un équipement de stockage ne consiste donc pas simplement à lui trouver quelques mètres carrés disponibles.
Il faut tenir compte de son implantation, de la circulation autour de l’appareil, de son dégagement thermique, de son alimentation électrique et des conditions dans lesquelles il pourra être entretenu ou remplacé.
La conception des laboratoires doit également anticiper leur évolution. L’INRS recommande d’intégrer dès l’amont les contraintes liées aux équipements, aux installations techniques, à l’exploitation et à la maintenance, en tenant compte à la fois des activités présentes et futures.
Pour un lab manager, la réflexion porte alors autant sur les équipements nécessaires aujourd’hui que sur ceux qui pourraient venir s’ajouter dans quelques années.
Une prise secourue peut protéger des années de recherche
Le cas des congélateurs soulève une autre question essentielle : que se passe-t-il en cas de coupure électrique ?
Lorsqu’un appareil contient plusieurs années d’échantillons, son alimentation devient directement liée à la continuité de la recherche.
C’est ici qu’intervient le principe de l’alimentation électrique secourue.
Une prise secourue est raccordée à un circuit capable d’être alimenté par une source alternative lorsque le réseau électrique normal n’est plus disponible. Selon la conception du bâtiment et le niveau de continuité recherché, ce secours peut être assuré par un groupe électrogène, un onduleur ou une combinaison des deux.
Le Référentiel immobilier de l’enseignement supérieur et de la recherche recommande précisément de prévoir des alimentations secourues par groupe électrogène pour les installations qui exigent une continuité de fonctionnement, en citant notamment les laboratoires, les congélateurs et les chambres froides de laboratoire. Il prévoit également un démarrage automatique du groupe et une commutation vers la source de secours.
L’onduleur répond à une problématique légèrement différente. Il peut fournir une alimentation sans interruption pendant une durée déterminée, notamment pendant une microcoupure ou durant le temps nécessaire au démarrage d’un groupe électrogène. Le choix entre ces solutions dépend de l’équipement, de sa puissance, de l’autonomie recherchée et du temps d’interruption acceptable.
Pour un congélateur de laboratoire, cette réflexion doit donc avoir lieu avant son installation. Il faut savoir quelles prises sont réellement secourues, quelle source prendra le relais, pendant combien de temps et comment l’équipement réagira lors de la bascule.
Une alimentation de secours ne doit pas non plus être considérée isolément. La surveillance de la température reste indispensable pour détecter rapidement une anomalie. Le même référentiel recommande d’ailleurs un report d’alarme pour chaque congélateur ou chambre froide de laboratoire ainsi qu’une alerte en cas de dépassement des seuils de température définis.
Un congélateur peut finalement contenir beaucoup plus que des tubes ou des prélèvements : il peut concentrer plusieurs années de travail scientifique.
Penser le parcours de l’échantillon
Le cas de la tiquothèque illustre également l’importance des flux au sein du laboratoire.
Les spécimens arrivent de toute la France. Ils sont réceptionnés, enregistrés, conservés puis peuvent être ressortis pour être identifiés ou analysés. Le CNRS explique même que certains participants au programme peuvent venir découvrir le travail réalisé sur place et apprendre notamment à identifier différentes espèces sous microscope.
Chaque échantillon suit donc un parcours.
Cette logique peut être intégrée directement dans l’aménagement : où arrivent les prélèvements ? Où sont-ils préparés ? Où sont-ils stockés ? Quels équipements seront ensuite utilisés ? Quels déplacements les chercheurs effectueront-ils quotidiennement ?
L’implantation des espaces gagne à suivre ces usages plutôt qu’à être construite uniquement à partir de la surface disponible.
Quelques mètres économisés à chaque manipulation peuvent représenter beaucoup de déplacements évités lorsque ces opérations sont répétées chaque jour.
Prévoir que la recherche va évoluer
Le programme CiTIQUE est coordonné depuis 2016 et sa collection atteint aujourd’hui environ 80 000 spécimens.
Ce développement progressif rappelle une difficulté fréquente dans les laboratoires : il est rarement possible de connaître précisément les besoins futurs au moment de l’aménagement initial.
Un projet peut prendre de l’ampleur. De nouvelles méthodes apparaissent. Les volumes d’échantillons augmentent. Un équipement supplémentaire devient nécessaire.
Un laboratoire trop contraint physiquement ou techniquement peut alors devenir difficile à faire évoluer.
La conception doit donc conserver suffisamment de souplesse pour accueillir ces changements : réseaux accessibles, capacités électriques adaptées, mobilier évolutif ou possibilités d’ajouter de nouveaux équipements sans désorganiser les postes voisins.
L’INRS insiste justement sur la nécessité de prendre en compte les contraintes liées aux activités présentes et à venir lors de la conception ou de la rénovation des laboratoires de recherche en biologie.
Préserver aussi la continuité du travail scientifique
Lorsqu’une collection devient une ressource scientifique importante, la disponibilité des équipements qui permettent de la conserver devient un sujet à part entière.
Il faut pouvoir anticiper une coupure électrique, mais également une panne du congélateur lui-même, une maintenance ou son remplacement.
Cela demande de réfléchir à l’accessibilité de l’équipement, à sa manutention, à la surveillance de son fonctionnement et aux solutions permettant de préserver temporairement les échantillons si l’appareil devient indisponible.
Cette réflexion rejoint directement les problématiques rencontrées lors de l’aménagement des laboratoires : un équipement doit être pensé sur toute sa durée de vie, depuis son installation jusqu’à son entretien et son futur remplacement.
Derrière la recherche, une infrastructure qui doit rester discrète
Lorsqu’on lit un article consacré aux recherches sur les tiques, on retient naturellement les enjeux sanitaires, les espèces étudiées et les connaissances produites.
Pourtant, derrière ces travaux existe toute une infrastructure indispensable : congélateurs, alimentation électrique, dispositifs de secours, surveillance des températures, réseaux, postes de travail et espaces de circulation.
Nous considérons que l’aménagement d’un laboratoire doit partir de ces usages réels.
Comprendre ce qui sera conservé, comment les échantillons circuleront, quels équipements seront nécessaires et comment l’activité peut évoluer permet de construire un environnement plus fiable pour les équipes.
Dans certains laboratoires, une simple prise électrique peut finalement participer à la protection de plusieurs années de recherche.
Sources
CNRS Le Journal — « Tiques sous haute surveillance » : https://lejournal.cnrs.fr/articles/tiques-sous-haute-surveillance
Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche / DGESIP — Référentiel immobilier de l’enseignement supérieur et de la recherche, Programme d’exploitation-maintenance générique : https://services.dgesip.fr/fichiers/RIMESR-Tome3-PEMG_2019.pdf
INRS — Conception des laboratoires de recherche en biologie, ED 6552 : https://ftweb.inrs.fr/media.html?refINRS=ED+6552
