
Dans de nombreux laboratoires, le remplacement des équipements est perçu comme une étape normale du cycle de vie. Un appareil vieillit, devient moins performant, puis est remplacé. En réalité, sur le terrain, les raisons qui conduisent à remplacer un équipement sont rarement aussi simples — et rarement liées à une véritable fin de vie technique.
À travers les projets d’installation, de rénovation ou de maintenance, un constat revient régulièrement : beaucoup d’équipements sont remplacés alors qu’ils pourraient encore fonctionner.
Une obsolescence souvent organisationnelle
Dans la majorité des cas, ce n’est pas l’équipement lui-même qui pose problème, mais son contexte d’utilisation.
Changement de protocole, réorganisation des équipes, évolution des normes internes, déménagement, ou simplement manque de temps pour diagnostiquer : autant de facteurs qui conduisent à déclarer un équipement « obsolète » sans analyse approfondie.
Un appareil peut être :
- fonctionnel, mais mal adapté à un nouvel usage
- performant, mais mal intégré dans un espace repensé
- encore fiable, mais sans suivi de maintenance régulier
Dans ces situations, le remplacement devient une solution de facilité, alors qu’il s’agit souvent d’un choix par défaut.
Le poids des contraintes techniques mal anticipées
Certains équipements sont également victimes de décisions prises en amont.
Une ventilation mal dimensionnée, une alimentation électrique inadaptée, une implantation peu ergonomique ou un environnement trop contraignant peuvent accélérer l’usure ou limiter l’utilisation réelle d’un appareil.
Résultat : l’équipement est perçu comme inadapté, alors que le problème vient de son environnement technique. Ces situations entraînent des remplacements prématurés et une perte de valeur importante.
Le manque de visibilité sur l’existant
Lors d’un projet de renouvellement, l’inventaire du matériel existant est rarement exhaustif. Des équipements peu utilisés, stockés ou partiellement déconnectés passent sous le radar. Ils sont alors mis de côté, puis évacués sans avoir été évalués.
Cette perte de visibilité contribue à un gaspillage silencieux, particulièrement lors des phases de transition (travaux, déménagements, extensions).
Repenser la notion de “fin de vie”
Remplacer un équipement n’est pas toujours une erreur. Mais ne pas questionner ce remplacement en est une.
Une approche plus durable consiste à se poser quelques questions simples :
- L’équipement est-il réellement en fin de vie technique ?
- Peut-il être adapté à un autre usage ?
- Peut-il être réemployé ailleurs, plutôt que jeté ?
C’est dans cette réflexion que l’économie circulaire prend tout son sens. Lorsqu’un équipement n’est plus pertinent pour un laboratoire donné, il peut encore être utile à un autre — à condition que cette possibilité soit visible et accessible.
Conclusion
Les équipements scientifiques sont souvent remplacés trop tôt non pas parce qu’ils ne fonctionnent plus, mais parce que leur usage n’a pas été réinterrogé.
En intégrant une vision plus globale du cycle de vie — usage, environnement, maintenance, réemploi — les laboratoires peuvent réduire le gaspillage, mieux valoriser leurs investissements et limiter leur impact environnemental.
